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CHÉDA, qui êtes-vous? Une question à laquelle cette artiste hésiterait peut-être à répondre tant il est difficile de se connaître soi-même. Mieux vaut recourir à une autre source de référence révélatrice de sa démarche artistique et de sa personnalité. Ses intentions artistiques, en l'occurence ses œuvres, sont porteuses de toutes les réponses à nos interrogations. Dès lors, y apparaissent clairement les signes de ces contraires subtilement complémentaires dans le graphisme pictural de CHÉDA. Emotivité et perception rigoureuse et analytique de la réalité extérieure, créativité dans le respect de l'anecdotique et du symbolisme contenue dans le cadre de l'imaginaire raisonné. CHÉDA, artiste à la sensibilité exacerbée, exigeante dans la clarté, l'équilibre et le purisme que Platon associait à l'expression de la beauté suprême. Cette beauté, le peintre l'aura observée chez ces femmes africaines qu'elle drappe dans des boubous colorés, figures hiératiques comme ressurgies d'un passé millénaire dont elles perpétuent les gestes ancestraux et se meuvent avec une élégance gestuelle héritée de leurs aïeules et semblent être venues au fil des années jusqu'à CHÉDA, qui désormais va se porter vers elles en traitant le personnage - voire la nature morte - l'un et l'autre perçus selon une sensibilité, une vision qui suggère la synthèse des formes, la valorisation des volumes et leur ordonnancement dans l'espace. CHÉDA exprime et affirme ainsi son écriture cubiste figurative. Elle substitue la représentation des formes sous différents angles à de judicieuses et subtiles transparences qui confèrent à ses œuvres une densité, une profondeur, un espace creusé par les perspectives harmonieuses et fuyantes.
Les paysages... N'y attendons point quelque site "pittoresque" ayant retenu l'attention du peintre que nous savons être porté vers la grandeur. De ce fait, le voici confronté à l'espace infini qu'il lui faut inclure dans celui du support pictural. Ce sera la multitude des toits coiffés d'ardoise bleue sur laquelle cette lumière Angevine, éveille toute la gamme des nuances avant de métamorphoser les eaux paresseuses de la Loire en majestueux ruban argenté. CHÉDA rend hommage à Angers, sa ville natale dont on ne saurait douter de ce qu'elle éveille au cœur de l'artiste, la douce nostalgie d'un temps qui fut celui de ses jeunes années déjà orientées vers sa vocation d'artiste peintre. Puis changement de registre dans la palette. Ainsi, à ce bleu suggérant la sérénité, désormais les rouges, les terres, ocres jaune et blanc pur. CHÉDA brosse le "portrait" d'un autre lieu, celui du midi de la France où, à l'écart de l'agitation citadine, elle se voue toute entière à son art à la grande satisfaction de ses admirateurs.
Laissons à Anatole France le soin de conclure notre propos : "L'artiste, écrit-il, doit aimer la vie et nous montrer qu'elle est belle" : sans lui, nous en douterions. Plus possible d'en douter à travers les œuvres de CHÉDA, fruit d'une volonté de dépassement de soi-même dont on peut beaucoup attendre, une qualité apanage d'un réel et grand talent.
Texte de Jacques Dubois (critique d'art - Paris)
"Grandes signatures contemporaines"
Ouvrage conçu par Gilbert DUMAS - Paris 2001